Cadre Origami

Cadre Origami
DIY: un cadre origami

Recharge 17/18

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Recharge personal 2017/18

Silhouette Portrait: 8 idées créatives

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Le harcèlement scolaire

http://www.agircontreleharcelementalecole.gouv.fr/

L'éducation nationale lance une campagne de lutte contre le harcèlement scolaire, et la semaine dernière, France 2 dédiait ses programmes à cette thématique, diffusant un documentaire poignant suivi d'un débat.

Souffre douleurs: ils se manifestent.


Le documentaire relate les histoires de différentes victimes, en abordant tous les aspects du harcèlement scolaire: le profil des victimes, celui des bourreaux, la réponse de l'école, des autorités, où, quand, comment? Je vous invite fortement à visionner ce documentaire, qui est juste et poignant de vérité.

Un phénomène tabou, incompris, ignoré.

http://www.decosoon.com
Je n'entends rien, je ne vois rien, je ne dis rien.
J'avoue avoir du mal à écrire sur ce sujet. C'est un phénomène complexe, difficile à comprendre, à repérer, et à maîtriser. C'est aussi très difficile d'en parler dans une société qui fait l'autruche et ce malgré de nombreux suicides. L'on doit cesser de se dire qu'il ne s'agit que de blagues d'enfants. On doit cesser d'ignorer l'impact psychologique et physique que cela peut avoir sur la santé de quelqu'un. On doit cesser de douter des jeunes. Et on doit mettre en place des outils de lutte et d'éducation pour que cela cesse. La France est en retard par rapport à d'autres pays, il est temps qu'elle se rattrape.

Mon harcèlement

Pour l'avoir vécu en tant qu'élève, je peux vous dire que je me suis retrouvée confrontée à une éducation nationale qui ne se sentait clairement pas concernée. J'ai subi du harcèlement moral pendant mes 2 premières années de lycée, et c'est peut être cela qui fait qu'aujourd'hui, en tant que professeur, je suis très sensible à ce combat. Mon témoignage est assez long, je ne voulais pas le tronquer et le déformer.

Gamineries

Ça a commencé avec un garçon qui se moquait de mon allure. Ses amis ont suivi. Puis les amis de ses amis. Ça a continué avec des mains aux fesses dans les couloirs, en essayant de me coincer dans un coin en me séparant de mes amies, et dès qu'il y avait une mauvaise blague à faire, c'était pour ma pomme. Puis un jour, en plein milieu de la cour, l'un d'entre eux est venu derrière moi et m'a collé un autocollant de pub sur le front, pendant qu'une vingtaine de garçons filmaient et prenaient des photos de la scène. Sur le moment, mes copines n'ont rien dit, sauf une qui s'est levée et qui les a insultés. Je pense qu'elles étaient tellement étonnées et choquées qu'elles ne savaient pas quoi dire. Et si elles avaient dit quoique ce soit, elles savaient que ça aurait été leur tour, alors mieux valait faire profil bas. Pour moi ça avait été la goutte de trop. Se sentir humiliée et montrée devant tout le monde comme un objet de rires et de publicité, c'était trop. En rentrant j'en ai parlé à mes parents. Ce n'était pas la première fois qu'ils entendaient parler de problèmes avec ces garçons, ils en avaient marre. Ils ont essayé d'appeler le lycée en rentrant, vers 18h, mais ça ne répondait déjà plus. 

Dénoncer.

Mon père a décidé de m'emmener porter plainte pour harcèlement moral. Il a mis du temps avant de me convaincre, pour moi il était hors de question de faire ça: j'allais avoir encore plus de problèmes et de moqueries au lycée, et dans ma tête, ils allaient se venger. Et là, mes parents ont eu une phrase choc qui résonne encore: "Ca à l'air de rien, mais la prochaine étape, c'est quoi? Ils te mettent à poil pour te filmer? Ils te donnent des coups et filment? C'est du happy-slapping, point barre. On porte plainte."
 
Le happy-slapping consiste à filmer une agression avec un téléphone portable, notamment afin de "bien se marrer".
Cette seule phrase a réussi à me convaincre car j'avais peur et je me suis dit qu'ils avaient raison. Je me suis retrouvée face à un policier qui n'avait clairement pas envie de prendre ma déposition, vu que "je n'avais pas été frappée ni violée". Je lui ai demandé s'il voulait bien patienter: "je vais me faire violer puis je reviens". Il a eu un air gêné et a rétorqué "c'est pas ce que je voulais dire", avant de prendre enfin ma déposition. 

Le déni.

Lorsque la proviseure a su que l'on avait porté plainte, elle s'est énervée contre nous. "Vous n'aviez pas à porter plainte", "elle n'avait qu'à parler à des surveillants ou à des profs". Comment parler à des enseignants ou à des surveillants qui sont copains comme cochons avec ces élèves bourreaux? Comment en parler, alors qu'eux-mêmes rigolaient face aux blagues stupides? 

Puis lorsqu'il y a eu enfin un dialogue, on a eu le droit à tout. "elle n'a qu'à changer de lycée." On a aussi eu droit au couplet "ce sont des enfants de bonne famille, c'est impossible, votre fille est une menteuse."  J'ai même fini par savoir qu'en salle des professeurs, il y avait des clans: les professeurs qui me croyaient, et ceux qui croyaient les autres. J'étais stigmatisée par mes propres enseignants.
"Mais tu as essayé de te défendre au moins?" Comment voulez-vous qu'une seule fille se défende face à une vingtaine de personnes, et est-ce à nous de nous défendre ou à eux de cesser d'attaquer?  Est ce que votre question vous paraît normale?!

A partir de là on a monté un dossier. On a appelé les parents d'élèves, des amies sont allées témoigner du comportement douteux de ce groupe d'élèves (comportements sexuels déplacés, harcèlement, tentative d'attouchements...), on a été chercher sur les blogs et les réseaux sociaux ce qu'ils publiaient, notamment des menaces envers les professeurs. La réponse a été la suivante: "cela ne me regarde pas, c'est hors du lycée".
Mais ils étaient tombés sur plus têtus qu'eux, d'autant que la situation pressait. Mes harceleurs savaient que j'avais porté plainte, et avaient commencé à m'intimider: ils me suivaient jusqu'à l'arrêt de bus et souhaitaient discuter "en privé". Il fallait les éviter, et j'en étais venue à avoir peur d'aller au lycée, allant même jusqu'à téléphoner à ma mère dès qu'ils s'approchaient un peu trop près de moi

La solution?

On a fait remonter le dossier à de plus hautes instances, et là, il y a enfin eu une réaction. Il y a eu une enquête au lycée, et la police m'a demandé de refaire une main courante. Lors de cette déposition, je suis tombée sur un officier qui a eu des paroles libératrices. Pendant ma déposition, je baissais les yeux, je racontais ce qu'on m'avait fait, en ajoutant systématiquement "mais bon c'est des gamineries, des blagues de potaches quoi." Le fameux refrain que j'avais entendu, digéré, et que je répétais parce que même si je savais que c'était pas normal, j'avais du mal à l'encaisser, je leur trouvais des excuses et minimisait l'impact du harcèlement. Et là, j'ai enfin eu la réponse que j'attendais depuis des mois de la part des autorités, une réponse sincère. "Arrêtez de dire que c'est des blagues de potache. J'ai été jeune, j'ai fait des conneries, j'ai fait des blagues de potache. Là, c'est plus des blagues, c'est grave: c'est du harcèlement moral."

Le leader du groupe a été contraint de changer de lycée. Quant-aux autres, le lycée a appliqué la politique "tolérance zéro". Ils n'avaient ni le droit de m'approcher, ni de me parler, ou ne serait-ce que de soupirer en passant à côté de moi. La moindre incartade serait punie. "Si ils ne font ne serait-ce qu'un mouvement de tête en passant près de toi, tu préviens immédiatement quelqu'un". Cela a marché, j'ai passé une année de terminale sereine et sans aucun problème.

Mais est-ce qu'ils ont réellement compris? Est-ce que cela a servi de leçon? 

Je n'en suis pas sûre. On a étouffé l'affaire si bien que d'autres potentielles victimes n'ont pas su qu'elles pouvaient demander de l'aide. On a déplacé le problème ailleurs. On n'a pas fait réfléchir les agresseurs, et rien n'a été fait pour qu'il y ait une confrontation et une réconciliation. On a tout fait pour esquiver la chose. Seul l'un d'entre eux est venu me confronter, de lui-même, en s'excusant platement. Me harceler et me faire me sentir mal dans ma peau n'avait jamais été son but, il n'avait pas conscience que ce qu'il pensait être "rigoler" avait pu me faire autant de mal. J'ai apprécié ces excuses sincères et réfléchies, d'autant qu'il s'est montré bien plus mature ensuite et se comportait convenablement, et j'ai donc retiré son nom de ma plainte. Si une réelle réflexion de groupe avait été menée par les institutions, peut-être que cela aurait tout changé pour tout le monde. Peut être que cela aurait été plus facile à digérer pour moi, car j'ai tout de même mis 3 ans avant de pouvoir en parler sans trembler et sans frissons. Peut-être que mes agresseurs auraient réfléchi, mûri, se seraient tous excusés, et ne traîneraient pas cette plainte comme un boulet sur leur dossier judiciaire.

Et après?

J'ai passé une dernière année agréable au lycée, et petit à petit, j'ai mis de côté ce qui m'était arrivé. Il n'empêche que j'ai toujours peur de croiser mes anciens bourreaux. Je les ai revus au supermarché, dans un café. Et à chaque fois, je me suis surprise à me cacher ou à demander à mes amis de partir. 

Maintenant, ça va. Je suis une adulte, et je n'ai plus peur. J'ai eu beaucoup de chance, mon harcèlement n'était pas aussi violent que d'autres, et mes parents ont eu les bonnes réactions et m'ont accompagnée. 

 Mais ce n'est pas le cas de tous les enfants.

Aujourd'hui, le harcèlement empire, notamment grâce aux réseaux sociaux où il est facile d'envoyer des messages, de publier des photos et de partager le tout avec la terre entière. Avec les réseaux sociaux, tout le monde devient une cible et un complice. Le chantage foisonne, les messages d'insultes et de haine fusent sans que les jeunes n'aient aucun contrôle sur la situation. A nous de changer cela: nous devons être disponibles, à l'écoute, et aux aguets. Ne pas faire l'autruche. Ne pas minimiser les situations. Ne pas se dire que cela passera. Repérer cet enfant mal dans sa peau, celui qui est à l'écart, celui qui semble en colère contre tout et n'importe quoi. Repérer les victimes, mais aussi les bourreaux, afin de trouver le problème et ses clés. 

Et vous, avez-vous été victime ou témoin de harcèlement scolaire? 

Comment faudrait-il agir selon vous?





2 commentaires

  1. Pfiou... c'est dur... Ton témoignage est un message fort. Bravo à toi pour ton courage et à tes parents pour avoir trouvé les mots et pour avoir été à ton écoute.
    Je n'ai jamais été dans ta situation mais, en tant qu'enseignante, j'ai été témoin de ce type de comportement et, comme tu le dis, avec les réseaux sociaux, ce harcèlement prend encore une autre dimension. Les enfants sont si durs entre eux (et de plus en plus tôt) et, au delà de la méchanceté, sont souvent inconscients de la portée de leurs actes.
    Bien sûr, il faut agir ! Être à l'écoute de l'élève qui souhaite parler, être un peu observateur (chez les ados, tous les changements sont révélateurs, en positif ou en négatif) et ne pas hésiter à en parler avec des collègues (pas que les enseignants... CPE, AS, surveillants voient aussi des choses que nous ne percevons pas forcément en classe).
    Enfin, faire de la prévention, c'est aussi important de parler en amont.

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    1. C'est exactement ça! Le travail d'équipe est essentiel, et c'est souvent dommage que certains ne veulent pas voir les problèmes qu'il y a sous leurs yeux :( Cette année j'ai été agréablement surprise de voir mes 3e évoluer d'une classe à l'ambiance déplorable, où il y avait du harcèlement "social", car leurs réflexions pendant ma séquence "bullying" m'ont agréablement surprise! Et on a eu des interventions très bien faites sur les réseaux sociaux, et j'étais choquée mais contente qu'on leur montre la fameuse vidéo d'Amanda Todd, ça les a marqués mais en bien!

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