Cadre Origami

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DIY: un cadre origami

Recharge 17/18

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Recharge personal 2017/18

Silhouette Portrait: 8 idées créatives

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L'égalité des chances, ou l'apprentissage de la mauvaise estime de soi?


Cet article risque de vous paraître long, mais il s'agit d'un sujet qui me tient à coeur, et qui souvent me révolte dans mon travail: l'égalité des chances.

L'égalité des chances à l'école, c'est un principe qui veut que tous les élèves aient les mêmes droits et accès au même enseignement, quelques soient leurs différences ou leur handicap. Je vous cite la loi concernée:


❝  Code de l'éducation
Premières lignes du Code de l'éducation  
"L'éducation est la première priorité nationale. Le service public de l'éducation est conçu et organisé en fonction des élèves et des étudiants. Il contribue à l'égalité des chances."   
Légifrance : Code de l'éducation art. L111- 1 Chapitre 1er Dispositions générales 

Article : collège et soutien  
"Dans les collèges, des aménagements particuliers et des actions de soutien sont prévus au profit des élèves qui éprouvent des difficultés. Lorsque celles-ci sont graves et permanentes, les élèves reçoivent un enseignement adapté." 

Légifrance : Code de l'éducation article L332-4 - Enseignements dispensés dans les collèges
Concrètement, cela veut dire que tous les élèves doivent avoir droit à une scolarisation en cursus traditionnel, avec s'il le faut des aménagements pour certains (autistes, dyslexiques, personnes à mobilité réduite, etc.). Si l'on fouille sur Eduscol, on trouve même cette précision:

HANDICAP
Scolarisation des élèves handicapés 
La scolarisation des élèves handicapés dans le milieu scolaire ordinaire est un principe de droit depuis la loi du 11 février 2005. Le recours à des établissements spécialisés ou à des services médico-sociaux n'intervient que de façon subsidiaire ou complémentaire.

"Pour les élèves lourdement handicapés, les compétences à maîtriser peuvent être redéfinies."

En gros, le but de cette loi est de comprendre le handicap d'une manière plus globale que "médicale", et de prendre en compte la dimension sociale dans le développement de l'élève: il vaut mieux pour lui fréquenter un cursus dit "normal" afin de ne pas se sentir en marge de la société, lésé ou tout simplement rejeté du fait de son handicap.

Personnellement, je me pose beaucoup de questions concernant cette loi qui me dérange sous certains aspects. L'idée est bonne: on cherche à améliorer la qualité de vie des élèves en difficulté pour quelque raison que ce soit. On cherche a adapter l'enseignement à l'élève tout en lui permettant d'évoluer dans un cursus traditionnel. Mais en vrai, est-ce que cela marche vraiment? Je commence à penser que non, mais bien sûr, chaque situation étant différente, tout comme chaque établissement et chaque ligne conduite des personnels éducatifs, il se peut que cela marche aussi tout aussi bien. Ceci n'est que mon humble avis, libre à vous de proposer des témoignages différents :)

Sur le terrain: une utopie?

On préconise de moins en moins la prise en charge des élèves dans des établissements spécialisés. Le prétexte est une bonne intégration sociale, moi je pense qu'un autre facteur entre aussi en jeu: les dits établissements sont déjà surchargés, et former des personnels encadrants compétents coûte trop cher pour en développer plus (mais bon, je dis ça, je dis rien...). A cause de cette pénurie de structures adaptées, même sans cette loi, des élèves en situation de handicap sont cantonnés à un cursus traditionnel, pour le meilleur ou pour le pire. Bref, pour tous nos élèves handicapés, le mot d'ordre et le suivant: "il faut que vous fassiez avec". J'ai beaucoup entendu cette expression, et je ne l'aime pas. On dirait qu'on les traîne comme des boulets, comme une entrave à l'école. Mais bon, passons. Face à cela, les professeurs peuvent adopter 2 postures:

- Faire de son mieux pour adapter l'enseignement à l'élève, tout en se disant que l'on y arrivera pas forcément car nous ne sommes pas formés pour répondre aux différents handicaps que l'on rencontre.

- Ignorer la situation et le placer au même rang que les autres élèves, que ce soit par choix (certains considèrent que l'égalité, c'est donner la même chose à tout le monde et demerdenzizich) ou par contrainte.

Pour vous la faire courte: nous faisons désormais face à des classes de 30 élèves pour la plupart, et dans lesquelles on peut généralement compter 5 élèves ayant des besoins particuliers (troubles du comportement, dyslexie, autisme, problèmes de vue et tellement d'autres que nous connaissons très mal). Chaque problème nécessite une solution appropriée: personnellement, il me faudrait parfois faire 5 fiches de travail différentes par classe, 5 contrôles différents (et donc expliquer 5 consignes différentes pour 55 minutes de classe, imaginez la scène), et il me faudrait aussi une classe à rallonge pour placer les 15 élèves qui ont une ordonnance pour être placés au premier rang. Parfois on n'arrive même pas à avoir un assistant de scolarisation (AVS-ASH) pour un élève qui en a besoin (tout est toujours une question d'argent!) Vous voyez un peu ou je veux en venir? C'est le genre de mission réservée à Superman. Après, il y a des situations ou ce système marche à la perfection car on a l'équipement, la classe et les effectifs nécessaires pour une telle flexibilité. D'une classe à l'autre, ce n'est pas pareil: j'ai par exemple pu gérer cela dans certaines classes, et dans d'autres non. La plupart des élèves qui devraient avoir un enseignement adapté n'en bénéficient pas, alors qu'ils y auraient eu accès en institut spécialisé, où en sections SEGPA, ULIS etc.

Prendre le concept d'égalité à l'envers

Je ne pense pas que donner les mêmes conditions de travail aux élèves en situation de handicap consiste à rétablir l'égalité, mais il s'agit là d'une question d'opinion. Notre système veut que l'égalité repose sur un parcours et des obstacles similaires. Et si l'on pensait plutôt comme Albert?
Illustration:
❝ Tout le monde est un génie. Mais si vous jugez un poisson sur sa capacité à grimper aux arbres, il vivra toute sa vie en pensant qu'il est stupide. 
"Pour une sélection plus juste, tout le monde fera face au même examen: grimpez à cet arbre s'il vous plaît."

Et si l'égalité des chances, c'était plutôt compenser le manque de chaque élève pour qu'ils parviennent tous à obtenir ce même socle commun? Et si compenser ce manque, c'était aménager leur scolarité CORRECTEMENT, que ce soit par des tests, des façons d'apprendre, ou par des écoles différentes? Pour cela, il faut soit donner les moyens aux enseignants de le faire (formations particulières, gestion des effectifs, création de postes, etc.), soit diriger les élèves vers des sections spécialisées.

L'éducation de masse, génératrice de mauvaise estime de soi?

Vous avez dû le sentir tout au long de cet article, que je suis une pro "instituts spécialisés". Attention, je tiens à ce que ce soit clair: je préfère largement, lorsque cela est possible, qu'un élève puisse évoluer dans un cursus traditionnel (et c'est même plus intéressant pour nous autres profs de rencontrer différents profils et de nous élever à une autre niveau d'enseignement). Mais j'ai mal pour tous ces élèves oubliés par ce cursus, qui se fondent dans la masse car on ne leur a pas donné le choix (car même si l'élève veut aller en section spécialisée, il se peut que se parents ou le système refusent), car j'imagine très bien ce qu'ils doivent ressentir. J'ai encore entendu il y a peu que "l'hétérogénéïté, c'est prouvé, c'est ce qu'il y a de mieux pour le développement des élèves, les groupes de niveau ça ne marche pas." C'est fort probable, c'est même prouvé car les élèves se motivent entre eux la plupart du temps, et ils sont complémentaires. Mais pour les élèves en handicap, je me demande parfois si cela ne génère pas au contraire une mauvaise estime de soi en les marginalisant. Un petit exemple avec cette vidéo:


Une professeur de psychologie démontre à ses élèves qu'en 5 minutes, elle peut les contraindre ou les induire à se résigner face à un exercice, à penser qu'ils sont bêtes et incapables: tout cela par la simple gestion de son cours et de sa classe.




Imaginez maintenant ce genre de situation en classe. Non pardon, en fait, nul besoin d'imaginer: on le voit tous les jours. Des élèves en situation de handicap trouveront un exercice très difficile, tandis qu'il paraîtra simplisme pour d'autres. Les enfants ne sont pas bêtes, loin de là: ils s'en rendront compte, et vous savez comme ils sont cruels. Et même sans être cruels, les élèves en difficultés se sentiront tout de même mal voire exclus dans une telle situation. Tandis qu'avec un enseignement adapté maîtrisé, ils se sentiraient peut être beaucoup plus fiers et à l'aise dans leur scolarité.

Comme vous le voyez, je me pose beaucoup de questions auxquelles je n'ai pas forcément de réponse. Qu'en pensez-vous de votre côté?

4 commentaires

  1. J'en suis qu'aux théories sur l'égalité des chances puisque je ne suis pas en classe. Je pense qu'il y a par contre une différence entre le 1er et le 2nd degré.
    En un fossé immense entre la maternelle et l'école élémentaire!
    Je te rejoins sur le fait qu'il y a un manque de place en institut spé, un manque d'aide humaine et un manque de formation des enseignants (réelle).
    Je vais me pencher sur ce sujet lors de ma préparation des oraux, je te dis si je vois des éléments de réponses.

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    Réponses
    1. J'ai passé le concours l'an dernier, les mots d'ordre étaient cette fameuse théorie d'Einstein: différencier un enseignement ou une notation pour un élève n'est pas du favoritisme ou s'abaisser en terme d'exigence: c'est compenser son handicap, et lorsqu'on l'explique aux élèves, ils le comprennent très bien (ils me surprennent souvent par leur tolérance!)

      Mais ce qui m'inquiète c'est la formation que l'on reçoit; Sur toutes celles auxquelles j'ai participé, seule 1 m'a donn&é des clés concrètes pour aider les enfants dyslexiques (quelle police utiliser pour les polycopiés, comment agencer les paragraphes, quel type d'exercice est trop fatiguant, lequel est le plus stratégique pour travailler sur le handicap, etc.)
      Mais le reste du temps, on nous dit de faire en se débrouillant, comme on peut; C'est joli, mais trop ambitieux sans support: on fait parfois n'importe quoi, et parfois on baisse les bras et on arrête de faire tellement on ne sait plus quoi faire. C'est malheureux :/

      Qu'entends tu quand tu parles du fossé entre maternelle et élémentaire? Je n'ai entendu parler que des CLIS pour l'élémentaire, mais jamais nous n'avons abordé ce que les enseignants font en classe pour les élèves en difficultés, niveau segpa ou les handicapés n'ayant pu avoir de place en section spécialisée.

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  2. Quelle découverte que ton blog dont l'esthétique et le contenu sont de purs délices. Enseignante de lettres-anglais, je me régale de te lire!!!
    Thanks for sharing your creations!
    Stéphanie

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  3. Quelle découverte que ton blog dont l'esthétique et le contenu sont de purs délices. Enseignante de lettres-anglais, je me régale de te lire!!!
    Thanks for sharing your creations!
    Stéphanie

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